Sénégal : retour d’expérience de Pauline W

<< J’ai un parcours que l’on pourrait qualifier d’atypique et c’est une formation en projet humanitaire d’un an en 2016 qui est à l’origine de mes premières foulées sur les terres ocres et rougeâtres d’Afrique  : respectivement le Togo puis le Kenya (dans le prochain épisode..). Mais comme j’aime faire les choses dans le désordre, pour commencer, c’est mon dernier stage en date que tu vas découvrir et il s’est réalisé dans le cadre de ma licence professionnelle en Gestion durable des espaces forestiers et Développement local, en 2017 dans un pays connu pour sa célèbre « Teranga » (hospitalité) : j’ai nommé le Sénégal ! >>

Pourquoi avoir choisi ce stage ?

On ne peut pas réellement parler de choix pour ce stage car je l’ai modelé un peu à ma manière du début à la fin. J’ai usé d’audace pour prendre contact avec une association nancéienne qui proposait des séjours éco-touristiques plus particulièrement focalisés sur l’ornithologie à destination des européen.n.e.s. Après moult rédactions de mails et entretiens téléphoniques, un budget s’est avéré disponible pour m’accueillir sur place, dans le campement de Fadidi Niombato situé dans le village de N’Doffane, à 4 heures de Dakar.

Comme j’ai toujours été passionnée par l’avifaune, la thématique de l’ornithologie qui correspondait à la fois à un besoin local et à mes propres aspirations a été une aubaine qu’il aurait été difficile de refuser pour moi.

Stage Sénégal Pauline
Au cœur de la plus grande colonie de Sternes Royales au Monde (c) Pauline W

En quoi consistait ton stage ?

Mon stage consistait en la valorisation des dits séjours ornithologiques que propose deux fois par an l’association. Elle s’est réalisé à travers la création de panneaux sous format A3 sur les espèces locales les plus fréquentes dans la région avec un descriptif morphologique de l’espèce, ses mœurs, son aire de répartition, son chant, son régime alimentaire et une anecdote à son sujet.

J’ai également crée une affiche décorative rassemblant chacune des espèces dûment décrites pour la terrasse et des visuels de recommandations pour les randonnées accompagnées d’un guide ou en solo et suis à l’origine de la construction de la vitrine d’exposition du matériel de randonnées et des ouvrages et flyers sur la faune locale, réalisée d’après mes propres plans.

En complément et pour encourager la préservation de l’environnement sur place, j’ai tenté de mettre en place quelques petits aménagements : plantation de citronnelle comme alternative aux sprays cinq/cinq plus nuisibles pour notre santé que le nuisible lui-même.

Mais j’avais aussi comme projet l’installation de plantes repoussant les Geckos dans les gîtes pour leur éviter un tragique destin car ici ce discret reptile est perçu à l’unanimité comme un signe d’insalubrité si il se trouve à l’intérieur d’un bâtiment, on fait donc tout pour s’en débarrasser. Lui, le plus redoutable prédateur du moustique qu’on tente d’éradiquer, en vain.
Mais en Afrique, les mythes et superstitions sont souvent tenaces et il est difficile de faire émerger un changement s’ils sont ancrés dans la pensée commune qui relie et accorde les gens entre eux.

Quels ont été pour toi les plus grands défis sur toute la durée de ton stage ?

Sur toute la durée de mon stage mon plus grand défi a été au sujet de ma responsable de stage, une femme à l’égard de laquelle les français.e.s ayant fait les séjours ornithologiques ne tarissaient pourtant pas d’éloges.
Cette dernière ne s’est en fait jamais sentie concernée par ma mission et n’a jamais formulé le moindre commentaire à son sujet durant ses 14 semaines consécutives. Un peu désarmant et frustrant de n’avoir aucun retour, ni en bien, ni en mal sur ma propre progression.
Cette situation a énormément conditionné mon séjour car j’ai dû faire preuve d’une prise d’initiative à tout point de vue et cette autonomie qui aurait pu me réjouir dans un autre contexte a surtout été subit.
N’en déplaise, je suis restée centrée et motivée par cette thématique chère à mes yeux, résignée à ne plus attendre ses louanges, ni même (plus humblement) son approbation.
J’ai fini par comprendre qu’en fait, ce n’était pas tant de la mauvaise foi de sa part ni même une antipathie à mon égard, juste un flagrant manque d’intérêt pour la nature et l’environnement.

Quels sont les principaux résultats de ton stage ?

Les principaux résultats de mon stage ont été la production des différents visuels que j’espère un jour voir affichés sous plexiglas dans le luxuriant jardin du campement. Ils rajouteront un complément d’informations à tout.e visiteu.r.se curieu.x.se de la faune locale, néophyte comme fin.e connaisseu.r.se en la matière !

Qu’est-ce qui t’a le plus plu ?

Ce qui m’a le plus plu est de l’ordre de l’interculturel et sans conteste le festoiement de la Korité (rupture du jeun) avec les femmes musulmanes du village annexe. Un échange d’une grande authenticité et une intégration quasiment immédiate. J’en reste attendrie et émue à l’heure actuelle.
Vêtue d’une tenue locale en wax (le pagne au-dessus du pantalon, sait -on jamais) et le
« sousou » (ruban dans les cheveux) au motif assorti, la journée a commencé avec un repas partagé ensemble, décliné en version végétarienne pour moi. Une petite attention profondément respectueuse à mon égard…

Stage Pauline Sénégal
Parée de mon ensemble en wax pour la Korité (c) Pauline W

Puis après quelques petites discussions débridées et à demi-mot sur les hommes (sujet universel !) et éclats de rires à répétition après la traduction de mon interprète improvisée à ses consœurs, la préparation du thé au sucre.. ou plutôt l’inverse…
Les hommes mangeant entre eux, ce beau petit monde que représentait la réunion des mères et de leurs enfants interagissait dans un joyeux tintamarre coloré où le port de la plus belle tenue de la garde-robe était de mise.

Quant à moi, n’étant pourtant génitrice d’aucun de ses chérubins, mais tellement à mon aise que mon giron semblait être la source de nombreuses négociations pour statuer sur qui pourrait fièrement y trôner, par cycles de 10 minutes environ, histoire que chacun.e ai son temps de figuration avec la « Toubab » (blanche) presque devenue des leurs.
S’en est suivit ensuite de façon inattendue, la distribution de cadeau (des hôtes à leur invitée, oui), chez ces femmes qui ne possèdent pourtant vraiment pas grand-chose.
Pagne, boucles d’oreille, photo de mariage, collier, foulard qui m’étaient destinés et grand moment d’émotion que je n’ai su contenir.

Mais ce sont elles les dernières à avoir versé leur petite larme au moment des adieux, à la veille de mon départ alors que la totalité du temps passé ensemble durant mon séjour n’excède pas quelques heures tout au plus, réparties sur trois visites au village.

Quel est l’apport de ce stage pour la suite ?

En plus d’avoir contribué à affirmer ma capacité d’adaptation, mon autonomie et mon altruisme sans frontière, ce stage sera parvenu à décupler mon désir d’associer dans ma future profession l’aspect humain à l’écologie des écosystèmes tropicaux. J’ai tendance à penser que l’un ne va pas sans l’autre et qu’agir sur un milieu sans en connaître le contexte social et historique n’a pas vraiment de sens et se solde souvent pas un échec en définitive.

Après avoir saisi les réels enjeux autour de la souveraineté alimentaire sur le continent africain durant ce stage et les deux précédents, je suis d’autant plus animée par l’envie d’œuvrer pour une justice sociale et environnementale qui passera par la réappropriation par les populations locales de leurs semences et pratiques agricoles traditionnelles. Elles sont le point d’ancrage de tout un peuple et souvent à l’origine de son unicité, de ce qui lui est propre.

Une anecdote ?

Juste… imagine-toi 4 heures de virée en pirogue avec moi pour seule femme et pour le reste de l’équipage 7 hommes sénégalais dont 5 musulmans polygames friands d’exotisme.. prolongée par 4 nuits de camping en toute promiscuité. Nos 6 tentes côtes à côtes dans un rayon de.. 5 mètres. Bonne nuit..

Conseil

Toi, lect.eur.rice, qui que tu soi, ne prête JAMAIS d’argent en Afrique. Ahah

 

Stage Sénégal Pauline W
Moi et mes joyeux lurons fraîchement débarqués sur l’île de Betenti où nous allions camper durant 4 jours (et 4 nuits…) de comptage de Sternes Royales et Caspiennes. (c) Pauline W
Stage Sénégal Pauline W
Alcyon Pie (Ceryle rudis) sur un arbre perché. Lors d’une randonnée près du village de Keur Bourama. (c) Pauline W

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