Stage de 2 mois en Guadeloupe

 

<< Avant d’arriver en master BioGET, j’ai fait un an d’étude en Guadeloupe. Pour valider cette année, j’ai fait un stage à l’Université des Antilles. Voici mon retour d’expérience sur ce stage qui a duré 2 mois. >>

Titre du stage : Mise en place d’une démarche exploratoire sur l’écologie des lichens corticoles le long d’un gradient altitudinal dans le Parc national de la Guadeloupe.

  • Pourquoi avoir choisi ce stage ?

Depuis la Licence, j’étudie un type d’organisme fongique (en autodidacte) : les champignons lichénisés, plus simplement les lichens.

Les lichens font partie de la biodiversité oubliée de notre monde, pourtant ce sont des organismes forts intéressants et utiles ! Ce sont des organismes symbiotiques : une algue/cyanobactérie et un champignon sont associés pour former un organisme unique.

Les lichens sont cosmopolites : ils colonisent de multiples milieux allant du désert à l’Antarctique. Des études ont mêmes montré que certains lichens survivraient s’ils étaient emmenés sur Mars ! Ils sont très sensibles aux conditions environnementales (climat, pollution …) car ils n’ont pas les mêmes protections physiques que les végétaux (ils n’ont pas de cuticule par exemple). Il faut voir les lichens comme des sortes d’éponges qui absorbent l’eau et les nutriments. Leur sensibilité permet d’en faire d’excellent indicateurs de la pollution atmosphérique en ville, de l’humidité ambiante et donc du réchauffement climatique.

Dans nos milieux tempérés, nous croisons les lichens principalement sur les roches (murs, falaises, rochers) et les arbres. Mais dans les tropiques, nous les croisons absolument partout (sur les feuilles, les fils électriques, les carrosseries de voiture, les panneaux de signalisations, des éclats de verre …). C’est pourquoi j’ai tout de suite trouvé mon bonheur en Guadeloupe.

Je souhaitais effectuer un stage sur les lichens guadeloupéens car il y a extrêmement peu de recherche sur le sujet. Alors j’ai personnifié mon stage d’étude en construisant une problématique, un protocole (en lisant des articles) et je l’ai soumis à mes responsables de formation. Il y a eu quelques réticences : effectuer un stage sur des organismes méconnus alors qu’il n’y a aucun spécialiste sur place ; construire un stage au lieu de répondre à une offre … J’ai donc recherché et trouvé un spécialiste (lichénologue tropical) qui a pu m’encadrer à distance sur mon étude. Mon stage pouvait maintenant commencer !

Lichen Guadeloupe
C’est le lichen le plus charismatique de Guadeloupe ! Dictyonema glabratum il pousse sur les roches volcaniques de la Soufrière à haute altitude lorsque la végétation est rase.
  • En quoi consistait ton stage ?

Ce stage était totalement exploratoire car il n’y avait jamais eu d’étude écologique sur les lichens en Guadeloupe. La seule chose que je savais c’est qu’on avait découvert sur cette île environ 590 espèces de lichens mais qu’on estimait leur nombre à 1200 espèces. Je me suis restreinte aux lichens qui poussaient sur l’écorce des arbres (les lichens corticoles).

Le but de l’étude était d’identifier les lichens que l’on trouvait à différentes altitudes au sein du Parc National de Guadeloupe. J’ai effectué un transect de la base jusqu’aux hauteurs du volcan de la Soufrière. J’ai également cherché à savoir si les lichens avaient des préférences d’écorces.

Volcan de la Soufrière (Guadeloupe)
Volcan de la Soufrière (1200 mètres), je partais des forêts à 390 m d’altitude jusqu’à 900 m. Ce n’est pas des nuages que l’on voit en haut mais des émissions de soufre (le volcan est actif)
  • Quels ont été pour toi les plus grands défis sur toute la durée de ton stage ?

La difficulté durant mon stage était de naviguer dans la forêt dense humide avec le matériel. De plus, il pleuvait extrêmement souvent (il pleut 20 mètres d’eau par an sur les hauteurs de la Soufrière), mes échantillons étaient trempés ainsi que mes fiches de terrain. Et moi-même j’étais trempée en permanence durant les 6-7 h que représentait une journée terrain. En basse altitude c’était les moustiques qui me menaient la vie dure. Le travail en autonomie m’a poussé à me remettre sans cesse en question :  » Est-ce la bonne manière de faire ? » « Mes identifications sont-elles correctes ? ». Ces doutes peuvent ralentir la progression du stage.

Guadeloupe
J’ai trouvé un super parapluie naturel sur le terrain (feuille géante de philodendron)
  • Quels sont les principaux résultats de ton stage ?

Je me suis rendue compte que certaines espèces préféraient les basses altitudes tandis que d’autres ne se trouvaient qu’en haute altitude. Il y avait aussi des espèces qu’on retrouvait à toutes les altitudes. Néanmoins cela n’était valable que sur un groupe de 10 espèces ! Je n’avais trouvé les 30 autres espèces qu’une seule fois. C’est un problème que l’on rencontre sous les tropiques lorsque l’on fait des inventaires (tous végétaux confondus), ce « trop plein » d’espèces rare. Cela reflète la richesse des milieux tropicaux.

Les écorces d’arbre qui avaient une rétention d’eau importante ou très faible possédaient le moins de lichens. Il fallait donc un entre-deux : un peu trempée mais pas trop quand même. Enfin, j’ai trouvé une espèce qui n’avait été vue qu’une seule fois, au Brésil (l’espèce avait été découverte et décrite en 2014). La Guadeloupe est donc la deuxième station mondiale de ce Gyrotrema flavum.

Une dizaines d’espèces nouvelles pour la Guadeloupe (on a dépassé les 600 taxons répertoriés !)

  • Qu’est-ce qui t’a le plus plu ?

Ce qui m’a le plus plu c’était la partie terrain du stage. Parce que la forêt dense humide tropicale, avec ces grands arbres, ces lianes et ces fouillis de plantes c’est magique ! J’oublierais jamais ces moments où j’apercevais les oiseaux (discrets) qui ne se montrent que si l’on se fait petit. Le son produit par le vol des colibris, le chant caractéristique des grenouilles (qu’on ne retrouve que sur certaines îles des Caraïbes) lorsque le soleil décline…

Guadeloupe
Sentier dans le parc national de la Guadeloupe
  • Quel est l’apport de ce stage pour la suite ?

Ce stage m’a appris à être autonome et pousser mon domaine d’étude plus loin. J’ai dû contacter plusieurs spécialistes des lichens à distance et en anglais pour vérifier mes identifications. Cela m’a permis de créer un réseau qui me sert énormément aujourd’hui. J’ai fait venir des livres de métropole pour pouvoir avancer sur mon sujet, j’ai continué mon inventaire des lichens après ce stage (jusqu’à ce que je revienne en métropole). Ce stage m’a conforté sur ma volonté de continuer à étudier ces organismes même si cela présente un risque d’avancer seule.

  • Une anecdote ?

Je n’étais pas livrée à moi-même durant mon stage car j’avais un encadrant sur place, mon professeur de botanique. Je me souviendrais toujours de ce qu’il m’a dit lorsque le stage touchait à sa fin.
« Je ne connaissais pas les lichens. Je ne les voyais pas mais maintenant j’en vois partout ! Ils sont présents partout autour de nous ! »
Que ce soit dans les tropiques ou dans les milieux tempérés les lichens sont partout mais nous sommes peu à les remarquer, cela passe par un apprentissage pour « avoir l’œil ».

Lichen Guadeloupe
Deux lichens : à gauche une usnée (Usnea sp.) (vu dans la forêt de bains jaunes, Soufrière) et à droite Letrouitia sp. (en forêt marécageuse)
  • Conseil 

En ce qui concerne la Guadeloupe, si vous y allez pour un stage, il faut vraiment privilégier les voitures de location pour se déplacer plutôt que les transports en commun. Et s’armer de patience car il peut y avoir des gros bouchons en allant en basse terre.

Il ne faut pas avoir peur de prendre des risques dans sa scolarité lorsque l’on est intéressé par un sujet. On peut se contenter de suivre sa formation, les enseignements que l’on nous donne, les stages qu’on nous propose mais c’est aussi intéressant de s’ouvrir à d’autres domaines qui ne sont pas enseignés. C’est très formateur de construire ces propres stages (avec l’aide des encadrants) et valorisant.

Lichen Guadeloupe
J’adore les lichens du genre Sticta parce que ce sont des lichens qui peuvent avoir une taille importante (on a un petit individu ici) et ils ont des creux sur la face inférieure.
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