Stage de Master 1 BioGET : retour d’expérience de Louise

 

<< J’ai effectué un stage de quatre mois, au sein de l’Unité Mixte de Recherche Peuplements Végétaux et Bioagresseurs en Milieu Tropical (UMR PVBMT), sur l’île de La Réunion. Cette étude avait pour objectif de mieux comprendre comment des espèces de bryophytes réagissent face à la dessiccation en réponse à de futurs changements climatiques dans la forêt de nuages (TMCF = Tropical Montane Cloud Forests) de l’île, à une altitude moyenne de 1300 m. Cet écosystème, caractérisé par la présence fréquente de brouillard, est très menacé par la hausse des températures et par la déforestation. Les bryophytes font parties des groupes de plantes les abondants dans ce type de forêt et contribuent ainsi à leur équilibre hydrique, d’où l’importance de leur étude. >>

Pourquoi avoir choisi ce stage/volontariat ?

    J’ai obtenu ma licence en Sciences de la Vie à La Réunion au cours de laquelle j’ai eu l’occasion de rencontrer Claudine Ah-Peng, une chercheuse spécialiste en bryologie. Ce domaine m’a intéressé même s’il est peu abordé au cours de notre cursus, c’est pourquoi j’ai souhaité réaliser un stage avec elle et en découvrir plus dans ce domaine.

Titre du stage : Variation de la résistance des bryophytes à la dessiccation à l’échelle du microhabitat au sein d’une forêt tropicale de montagne

  • En quoi consistait ton stage/volontariat ?

    Mon stage a consisté à sélectionner des espèces de bryophytes afin de compléter le jeu de données de Laura Figenschou (2016). J’ai effectué plusieurs sorties terrain, à la Plaine des Fougères, le long de la route forestière Bébour/Bélouve suivi du GR du Piton des Neiges et à Grand Étang, où j’ai pu récolter huit espèces de bryophytes de manière stratégique en fonction des espèces présentes.

Stage à la réunion (Louise)
Sortie terrain à la Plaine des Fougères, route forestière (1300 m d’altitude) avec Claudine Ah-Peng, talus humicole composé essentiellement de Gottschelia schizopleura et Sphagnum tumidulum (photos du 26/04/18)

    Pour comprendre le déroulé de mes mesures il est important de savoir que les bryophytes sont des plantes chlorophylliennes réalisant la photosynthèse où elles convertissent l’énergie lumineuse en énergie chimique. Lors d’une perturbation, la dessiccation dans le cadre de cette étude, la dissipation de l’énergie lumineuse augmente. Cette dissipation peut être émise par les chloroplastes sous forme de lumière rouge connu sous le nom de fluorescence de la chlorophylle. Pour enregistrer le rendement de la fluorescence en cours de la dessiccation, j’ai utilisé un fluorimètre portable de modulation (Modèle MINI-PAM Potable Chlorophyll Fluorometer ; H. Walz, Effeltrich, Germany).

Stage Réunion (Louise)
Expériences de pesées et de mesures de fluorescence de la chlorophylle, Anthocéros (cf. myriandroecius) à la station forestière de Mare-Longue (photos prises le 27/04/18).
  • Quels ont été pour toi les plus grands défis sur toute la durée de ton stage ?

    Je dirais que ce stage n’a pas été si simple au niveau du timing, j’avais vraiment beaucoup de mesures à relever en peu de temps, les 4 mois sont passés beaucoup trop vite ! Préparer des protocoles d’expériences en se basant sur des recherches bibliographiques, prévoir tout le matériel nécessaire aux sorties de terrain, faire face à des imprévus tels que la tempête Fakir … C’était tout de même très motivant de réaliser ce stage dans le sens où encore peu d’études ont réalisé ce genre d’expériences et encore moins sur les bryophytes. Analyser un très grand nombre de données en très peu de temps n’a pas été facile sachant qu’on ne pouvait pas prévoir en amont les résultats qui seraient obtenus …

  • Quels sont les principaux résultats de ton stage/bénévolat ?

     J’ai pu constater avec l’expérience de dessiccation que, plus la plante perd de l’eau plus son activité photosynthétique diminue. Puis, les expériences de réhydratations m’ont permis de constater une multiplicité de réponses selon les différentes espèces tout comme la dessiccation de chacune d’entre-elles.

Stage M1 Réunion (Louise)
Vue d’ensemble des échantillons à l’état sec (à gauche), aspect de Sphagnum tumidulum (à droite) juste avant l’expérience de réhydratation (photos prises le 03/05/18).

    J’ai distingué trois regroupements d’espèces pouvant refléter trois stratégies adoptées par les bryophytes face à un stress hydrique. Certaines espèces ont plus une stratégie d’évitement de la dessiccation, elles font en sorte de retenir un maximum d’eau le plus longtemps possible, et garder ainsi une activité photosynthétique élevée, telle que Sphagnum tumidulum par exemple. D’autres, vont être plutôt dans de la tolérance à la dessiccation, elles vont avoir tendance à se dessécher plus rapidement mais, suite à une réhydratation, retrouver une très bonne activité photosynthétique, telle qu’Holomitrium borbonicum. Enfin, certaines espèces vont former une stratégie intermédiaire, telle que Bazzania decrescens, elles ont une teneur en eau, par exemple, se situant entre les deux groupes d’espèces précédent. J’ai pu expliquer ces trois stratégies selon la forme de vie propre à chacune des espèces et leur position dans la canopée.

  • Qu’est-ce qui t’a le plus plu ?

    Ce que j’ai adoré durant ce stage sont, sans hésiter, les sorties terrains ; être en pleine forêt humide au calme coupé de tout, observer avec des loupes les différentes espèces de bryophytes afin de les identifier et de les récolter, partager ces moments avec les personnes qui m’accompagnaient et essayer de prendre de belles photos malgré la faible luminosité qui passe à travers le brouillard et mon vieil appareil photo …

  • Quel est l’apport de ce stage pour la suite ?

    Ce stage m’a permis de me faire une véritable idée du métier de chercheur car j’ai pu participer à l’ensemble des étapes d’une étude scientifique ; avoir des questionnements de recherches à approfondir, faire de la recherche bibliographique, réaliser des protocoles expérimentales, connaître les aspects de logistique avant de partir sur le terrain, prélever des échantillons, les étudier en laboratoire, analyser des données sous un logiciel, rédiger un rapport …

        C’était une expérience très enrichissante que j’aimerais refaire sans hésiter !

  • Une anecdote ?

      Durant mon stage j’ai contracté la Dengue, une maladie transmise par les moustiques du genre Aedes, pendant au moins une semaine, m’obligeant à rester clouée au lit sachant que j’avais beaucoup de travail. J’en suis sortie plus motivée que jamais pour essayer de rattraper le retard pris sur l’organisation de mon terrain. C’est un des risques à travailler sous les tropiques.

  • Conseil

    Comme petit conseil pour un futur stage je dirais qu’il ne faut pas se décourager lorsque l’on fait face à une difficulté car il y aura souvent des imprévus, et surtout qu’il faut se faire confiance lors de prises de décisions !

Stage Master Réunion (Louise)
Sortie terrain sur le GR du Piton des Neiges, Macromitrium serpens à droite (photos prises le 31/05/18).
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